Dre Jocelyne Beaudet Membre de l'O.P.Q.
Clinique de Gestion des Émotions et Douleurs
 
Attention, il y a peut-être des mots qui font du bien et des mots qui tuent!

Un article très intéressant de Annie Murphy Paul, paru dans le New York Times le 17 mars dernier, ayant pour titre « Your Brain on Fiction », explique comment les mots affectent notre cerveau.

De multiples études scientifiques utilisant les techniques d’imagerie cérébrale nous montrent, dit-elle, qu’un mot comme « cannelle », non seulement active la partie du cerveau reconnu comme responsable du langage, mais aussi la région du cerveau impliqué dans la perception des odeurs. C’est aussi ce qui arrive avec les mots « café » et « parfum », mais pas avec des mots comme « chaise » ou « clef » parce que ces mots ne sont pas naturellement associés à des sensations olfactives.

Plus fascinantes encore sont les évidences qui montrent que les métaphores stimulent davantage le cerveau. Par exemple, dire d’un chanteur qu’il a voix de « velours » ne produit pas le même effet que dire une voix « agréable ». L’expression une voix de velours est une métaphore qui implique le sens du toucher. Une métaphore plus riche d’associations émotionnelles et sensorielles stimule donc plus d’une région du cerveau.

Pour un écrivain, l’utilisation de métaphores pourrait permettre d’avoir plus d’impact sur le lecteur par une prose plus « stimulante ».


Pour le commun des mortels, ces découvertes soulignent l’importance de bien choisir ses mots.

Attention, il y a peut-être des mots qui font du bien et des mots qui tuent.

Et si se faire dire « Je t’aime » faisait vraiment du bien.

Puisque les mots activent le cerveau presque de la même façon que l’expérience elle-même. Se faire dire « Je t’aime », même à distance, serait donc presque aussi bénéfique que d’être serré dans les bras de celui que l’on aime.

Le cerveau ne faisant pas une grande distinction entre l’expérience évoquée et l’expérience réelle, Keith Oatley de l’Université de Toronto avance même l’idée que les mots peuvent servir à la simulation de la réalité. Les romans par exemple, avec leurs détails sensoriels, leurs métaphores imaginatives et leurs descriptions minutieuses des personnages et de leurs actions permettent de se mettre littéralement dans la peau des personnages, de vivre à travers eux.

De la même façon que le cerveau peut être stimulé, de façon très similaire, par un mot qui évoque une odeur ou par l’odeur elle-même, il peut traiter les interactions entre les personnages de fiction, un peu comme celles dont nous sommes témoins dans notre environnement social de tous les jours. Une œuvre de fiction est donc un instrument inégalé pour nous permettre d’explorer l’univers complexe des émotions et des interactions sociales. Il n’est donc pas surprenant d’apprendre que les individus qui lisent de la fiction fréquemment sont plus capables de comprendre les autres, de voir le monde du point de vue de l’autre et d’être empathique (Dr. Oatley et Dr. Mar, 2006, 2009).

Attention à vos choix de lecture.



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